Genre et formes d'organisation dans l'action collective/Gender and organization in collective action (Congrès de l'Association française de science politique)

Deadline: 12/12/2018

Vous trouverez ci-dessous l'appel à communications de la Section thématique 19, "Genre et formes d'organisation dans l'action collective/Gender and organization in collective action", du prochain Congrès de l'Association française de science politique, qui se tiendra du 2 au 4 juillet 2019 à Bordeaux.

Les propositions de communication, d'une page minimum, devront être envoyées par courriel avant le 12 décembre 2018 à Emmanuelle Bouilly (emmanuelle.bouilly@yahoo.fr) et Julie Le Mazier (jlemazier@gmail.com).

ST 19

Genre et formes d’organisation dans l’action collective

Gender and organization in collective action

Responsables scientifiques :

Emmanuelle Bouilly (Université Laval, Québec)

emmanuelle.bouilly@yahoo.fr

Julie Le Mazier (Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

jlemazier@gmail.com

Le paradigme dominant en sociologie de l’action collective, celui de la mobilisation des ressources, fait des organisations et de leur travail militant une variable explicative de l’émergence des mouvements sociaux (McCarthy, Zald, 1977). Partant, la variété des formes d’organisation utilisées pour contester a plus rarement été appréhendée comme une variable à expliquer. Les travaux fondés sur une analyse en termes de genre ou portant sur des mouvements de femmes font de ce point de vue exception (Staggenborg, 1988, Polletta, 2002). La longue exclusion des femmes de la politique, ou leur expérience de la domination dans les organisations mixtes, les disposeraient à innover en matière de répertoire organisationnel (Clemens, 1993) et à privilégier des modes d’organisation horizontaux, délibératifs et informels (Brown, 1989).

Le risque est alors de céder à une vision essentialisante des femmes et de leurs rapports aux pratiques contestataires, qui ne résiste pas à l’épreuve des faits. Il existe des mobilisations de femmes fortement hiérarchisées en interne. Des formes d’organisation informelles dans les mouvements féministes peuvent engendrer des rapports de domination lorsque les relations affinitaires excluent les moins insérées au groupe de l’accès à l’information et de la prise de décision (Freeman, 1972-1973). C’est pourquoi cette section thématique se propose d’explorer à nouveaux frais la question des formes d’organisation dans l’action collective sous l’angle du genre. Celui-ci peut en effet se révéler heuristique pour saisir les rapports de pouvoir qui traversent les mobilisations et leurs effets sur le recrutement et le désengagement (Dunezat, 2009) comme sur les tactiques adoptées (Staggenborg, 1989). Inversement, les organisations des mouvements sociaux apparaissent comme des terrains privilégiés pour interroger les formes de pouvoir des femmes, les rapports de domination entre femmes, et la façon dont la hiérarchie entre les sexes peut se reconfigurer dans des espaces critiques de l’ordre social.

L’enjeu est de comprendre la manière dont une configuration, historiquement et socialement située, des rapports sociaux de sexe, eux-mêmes imbriqués dans des rapports de classe, d’âge et des processus de racialisation, façonne les manières contestataires de s’organiser, et en retour ce que l’organisation fait aux rapports de genre, au sein de collectifs féminins ou mixtes, protestataires ou non, communautaires, associatifs ou syndicaux. Trois axes seront privilégiés :

1/ Genre et répertoire organisationnel

On s’intéressera d’abord à la dimension genrée des répertoires organisationnels. Il s’agira de questionner la manière dont les rapports de genre déterminent l’orientation des protestataires vers certaines formes organisationnelles et les modalités de prise de parole ou de décision adoptés. On analysera la manière dont hommes et femmes perçoivent comme accessibles, légitimes ou pertinentes certaines formes organisationnelles.

2/ Division sexuée du travail militant et styles de leadership

Les études sur le genre dans les mouvements sociaux ont permis de complexifier la conception du leadership, sans le réduire aux rôles d’initiateur et de porte-parole souvent tenus par les hommes (Robnett, 1996, Fillieule, 2009). En ce sens, les communications pourront interroger les effets du genre sur les relations entre participant.e.s, sur leurs transactions affectives et matérielles, sur les hiérarchies formelles ou informelles et sur la division du travail militant. On s’attachera à identifier la façon dont les socialisations genrées disposent à occuper ou rejeter tel ou tel rôle et à effectuer telle ou telle tâche. Une attention particulière sera portée aux rapports de domination (et leur justification, invisibilisation ou critiques) dans des organisations féminines ou des collectifs affichés comme acéphales ou égalitaires entre les sexes.

3/ Le façonnage organisationnel des rapports de genre et de pouvoir

Le dernier axe abordera les effets des modes d’organisation en termes de reconfiguration des rapports sociaux de sexe et des modes d’exercice du pouvoir. A quelles conditions la hiérarchie entre les sexes peut-elle être contestée dans et par les espaces contestataires ? Des contributions étudiant les formes et effets de modes d’organisation destinés à combattre les inégalités de participation dues au genre, ou la façon dont des mobilisations antisexistes internes aux organisations mixtes les transforment, seraient notamment appréciées.

Cette section thématique est ouverte à des contributions privilégiant une approche empirique, en science politique, sociologie ou histoire, sur des terrains français comme étrangers.

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The resource mobilization paradigm, dominant in the sociology of collective action, makes organizations and their militant work an explanatory variable of the emergence of social movements (McCarthy, Zald, 1977). As a result, the variety of organizational forms of protest has more rarely been explored. Researches based on gender analysis, or on women's movements, make an exception (Staggenborg, 1988, Polletta, 2002). The long exclusion of women from politics, or their experience of dominance in mixed organizations, would have them innovate in organizational repertoires (Clemens, 1993) and focus on horizontal, deliberative and informal modes of organization (Brown, 1989).

The risk is then to yield to an essentializing vision of women and their modes of protest, which does not stand the test of facts. There are strongly internally hierarchized female mobilizations. Informal forms of organization in feminist movements can engender relationships of dominance when affinity relationships exclude the least fit in the group from access to information and decision- making (Freeman, 1972-1973). Therefore, this panel proposes to explore the issue of organizational forms in collective action from a gender perspective. It can indeed be heuristic to grasp the power relations within mobilizations and their effects on recruitment and disengagement (Dunezat, 2009), or on the tactics adopted (Staggenborg, 1989). Conversely, social movement organizations appear as privileged grounds for questioning the forms of women's power, the relations of domination between women, and the way in which the hierarchy between the sexes can be reconfigured in spaces criticizing the social order.

The challenge is to understand how specific gender relations, embedded in class, race or age power relations, shape the ways protesters organize themselves, and in return how forms of organizations shape gender relations, within women's or mixed groups, protest or non-protest movements, community, associations or trade unions. Three axes will be privileged:

1/ Gender and organizational repertoires

We will first look at the gendered dimension of organizational repertoires. Papers will question the way in which gender determines the orientation of the protesters towards certain organizational forms and adopt certain modes of speech or decision. We will analyse how men and women perceive certain forms of organization as accessible, legitimate or relevant.

2/ The gender division of militant work and leadership styles

Studies about gender in social movements have resulted in a more acute understanding of leadership, extending its scope beyond initiator and spokesperson roles often held by men (Robnett, 1996, Fillieule, 2009). In that sense, papers will explore the effects of gender on the relations between participants or protesters, on their affective and material transactions, on formal or informal hierarchies, and on the division of militant work. We will try to identify the way in which gendered socializations lead people to occupy or reject a role or another, and to perform specific tasks. Attention will be paid to the relationships of domination (and their justification, undermining, or criticism) in women's groups, or in collectives labelled as non-hierarchical, or defending equality between sexes.

3/ Organizational shaping of gender and power relations

Finally, we will address the effects of organizational modes on gender and other power relations. Under what conditions can the hierarchy between sexes be challenged in and by collective action, and spaces of protest? On this point, we will welcome contributions studying the design of organizational methods addressing gender inequalities in participation and their effects on power relations, or analysing the way in which anti-sexist mobilizations within mixed organizations transform power relations between participants.

This panel is open to contributions favouring an empirical approach, in political science, sociology or history, on French and foreign fields.

Paper proposals must be sent by e-mail to each of the panel's conveners before December 12th, 2018.

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