Mobilisations des minorités sexuelles et de genre en dehors du « Nord global » : (dé)politisation, circulations transnationales et résistances (AFSP & CoSPoF)

Deadline: 12/12/2018

Mobilisations des minorités sexuelles et de genre en dehors du « Nord global » : (dé)politisation, circulations transnationales et résistances

Sexual and Gender Minorities Mobilizing outside of the “Global North”: (De)Politicization, Transnational Circulations, Oppositions

Appel à communications

Section Thématique 24

Congrès AFSP & CoSPoF

Bordeaux 2-4 juillet 2019

Responsables de la ST :

- Agnès Chetaille, post-doctorante Marie Skłodowska-Curie, Université libre de Bruxelles, agnes.chetaille@ulb.ac.be

- Christophe Broqua, chargé de recherche au CNRS, IMAF, christophe.broqua@cnrs.fr

Modalités de proposition :

Les propositions de communication ne doivent pas excéder 500 mots. Elles doivent être envoyées à chacun des responsables de la ST avant le 12 décembre 2018.

Présentation scientifique :

Les mobilisations des minorités sexuelles et de genre ont marqué l’histoire politique et sociale de la plupart des pays d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest au cours des trente dernières années, menant à des transformations importantes, notamment au niveau juridique. Par contraste, le reste du monde est souvent désigné comme celui de l’hostilité à l’homosexualité ou à la diversité de genre. Certain·e·s, dans la littérature profane (Martel, 2013) mais aussi en science politique (par ex. Adamczyk, 2017) soulignent ainsi les écarts entre des pays supposés « avancés » et d’autres prétendument « en retard » sur une ligne de progrès social généralement évalué à l’aune du droit. Les analyses de l’« homonationalisme » (Puar, 2007) et de l’« impérialisme gay » (Massad, 2002 ; Ali, 2017) ont pointé les fondements évolutionnistes, orientalistes et (post-)coloniaux de cette opposition entre les Occidentaux libéré·e·s et les Autres réprimé·e·s et arriéré·e·s (Jaunait et. al., 2013). Cet espace de réflexion critique s’articule cependant trop rarement à l’analyse précise de l’émergence de mobilisations dans de nombreux contextes politiques et culturels, ainsi que de la transnationalisation des causes et ses effets. L’objet de cette session est de présenter des recherches empiriques cherchant à dépasser le paradigme de la simple « imposition » – d’identités, de formulation de causes, de modes d’action – de « l’Occident » vers le reste du monde, pour produire des analyses plus complexes des dynamiques à l’œuvre. La session sera l’occasion de mener une réflexion plus globale sur des phénomènes circulatoires qui traversent l’ensemble des terrains étudiés, et qui touchent à la fois le champ de l’étude des mouvements sociaux et celui, de façon plus originale, des relations internationales (Weber, 2016). Les contributions devront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants.

1. Quelles sont les manières de « faire groupe » pour les minorités sexuelles ou de genre dans les contextes étudiés ? L’émergence ou la (re)formulation d’identités collectives représentent souvent un moment crucial du processus de mobilisation autour de pratiques auparavant perçues comme « privées » et prises en charge par diverses institutions sociales en dehors de l’espace politique. La fabrique des identités (Broqua & Eboko, 2009), dans un contexte de circulations transnationales, et les dynamiques de (dé)politisation de ces identités, constituent un premier axe d’analyse comparée.

2. À quelles ressources les mobilisations étudiées ont-elles recours ? Quelles continuités existent localement avec d’autres formes de regroupement ou avec d’autres moments politiques, quelles sont les alliances possibles avec d’autres types de mobilisations et au niveau des acteurs politiques et institutionnels ? Quels sont les rapports des mobilisations avec des organisations LGBT transnationales ou basées en « Occident », ainsi qu’avec les institutions et les bailleurs de fonds internationaux ? Au même titre que pour les mobilisations autour « du genre » (Cîrstocea et. al., 2018), on peut se demander si ces relations sont toujours génératrices de ressources, et si oui desquelles ?

3. Un troisième axe examine les effets des articulations entre le niveau local et le niveau transnational sur la dynamique interne des mobilisations. En particulier, quelles conséquences le degré de proximité avec les arènes internationales a-t-il sur les modes d’organisation, les divisions, les hiérarchisations entre groupes et entre militant·e·s ? De quelles façons influence-t-il la participation des personnes trans’, des femmes et en particulier des lesbiennes, des personnes issues de milieu rural ou populaire ? Quels sont par ailleurs ses effets sur la définition de la cause et sur les modes d’action ?

4. Enfin, à quelles formes d’obstacles ces mobilisations font-elles face ? Les résistances locales à ce type de mobilisations sont souvent tout autant ancrées dans des circulations transnationales complexes que leurs opposant·e·s (Weiss & Bosia, 2013). Comment, dès lors, peut-on analyser les différents types d’écueils rencontrés par ces mobilisations en dépassant l’opposition simpliste entre ressources issues des acteurs transnationaux et résistances exercées par les acteurs politiques locaux, souvent nationalistes ou religieux, et décrits comme isolés dans un souverainisme provincial ?

***

Mobilizations of gender and sexual minorities have been landmarks in social and political history of most North American and Western European countries in the last 30 years, leading to major transformations, especially at the level of the law. In contrast, the rest of the world is often depicted as hostile to homosexuality and gender diversity. In mainstream literature (Martel, 2013) as well as in the political science (for instance Adamczyk, 2017), authors have emphasized the gap between alleged “advanced” countries and other supposedly “backward” ones, placing them on a scale of progress usually build merely by looking at legal dispositions or public opinion polls. Analyses of “homonationalism” (Puar, 2007) and “gay imperialism” (Massad, 2002; Ali, 2017) have pointed out the evolutionist, Orientalist and (post-)colonial foundations and intentions of such an opposition between liberated Westerners and repressed and backward Others (Jaunait et. al., 2013). This space of critical reflection, however, rarely hinge on precise analysis of the emergence of mobilizations in many political and cultural contexts, as well as of the process of their transnationalization and its consequences. This session aims at presenting empirical research intended to go beyond the paradigm of mere “imposition” – of identities, frames, modes of action – from the “West” to the rest of the world, and produce more complex analyses of on-going dynamics. The session will create an opportunity to reflect more generally on circulatory phenomena transversal to the situations under study, that are both related to the study of social movements and to the field of international relations (Weber, 2016). Papers are expected to address one or several of the following themes.

1. What are the diverse modes of (re)grouping for sexual and gender minorities in the studied contexts? Emergence or (re)articulation of collective identities is often a critical moment of the mobilizing process around issues and practices formerly considered as “private” and governed by various social institutions outside of the polity. The making of identities, in a context of transnational circulations, and dynamics of (de)politicization of these identities is a first focus of comparative analysis.

2. What resources do these mobilizations use? What are the existing continuities with other local forms of association of with other political momentums, what are the possible alliances with other mobilizations and other types of political and institutional actors? What are the relations of these mobilizations with transnational or Western-based LGBT organizations, as well as with international institutions and donors? Similarly as for the mobilizations about “gender” (Cîrstocea et. al., 2018), it is worth wondering if these relations always produce resources, and if so, of which kind?

3. The third theme focuses on the effects of the local/transnational connections on the internal dynamics of mobilizations. Specifically, what are the consequences of proximity or distance to the international arenas on modes of organization, divisions and hierarchies between groups and individuals? In which ways does it influence participation of trans people, of women and particularly of lesbians, of members from rural and lower class backgrounds? At another level, what are its consequences on the framing of the cause and the modes of action?

4. Finally, what kind of hurdles do these mobilizations face? Local opposition to this type of mobilization has been shown to often be as rooted into complex transnational circulations as their opponents (Weiss & Bosia, 2013). Then how to analyze the various types of obstacles met by these mobilizations going beyond a simple distinction between resources given by transnational actors and opposition stemming from local political actors, often nationalistic or religious, and depicted as isolated in a provincial search for sovereignty?

***

Références :

Adamczyk Amy. Cross-National Public Opinion about Homosexuality, Berkeley: University of California Press, 2017.

Ali, Muna-Udbi A. « Un-Mapping Gay Imperialism: A Postcolonial Approach To Sexual Orientation-Based Development », Reconsidering Development, vol. 5, n° 1, 2017.

Broqua, Christophe, Eboko, Fred. « La fabrique des identités sexuelles », Autrepart, n° 49, 2009, p. 3-13.

Cîrstocea, Ioana, Lacombe, Delphine, Marteu, Élisabeth (dir.). La globalisation du genre. Mobilisations, cadres d'actions, savoirs, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018.

Jaunait, Alexandre, Le Renard, Amélie, Marteu, Élisabeth. « Nationalismes sexuels ? Reconfigurations contemporaines des sexualités et des nationalismes », Raisons politiques, vol. 49, n° 1, 2013, p. 5-23.

Martel, Frédéric. Global Gay : comment la révolution gay change le monde, Flammarion, Paris, 2013.

Massad, Joseph. « Re-Orienting Desire: The Gay International and the Arab World », Public Culture, vol. 14, n° 2, 2002, p. 361-385.

Puar, Jasbir K. Terrorist Assemblages: Homonationalism in Queer Times, Duke University Press, Durham, 2007.

Weber, Cynthia. Queer International Relations: Sovereignty, Sexuality and the Will to Knowledge, Oxford: Oxford University Press, 2016.

Weiss, Meredith L., Bosia, Michael J. (eds.). Global Homophobia: States, Movements, and the Politics of Oppression, Urbana, IL: University of Illinois Press, 2013.

Made by Rekall Design