Genre, sexualités et politiques éducatives : perspectives transnationales

Deadline: 25/11/2017

Revue Genre, sexualité & sociétés, n° 20 – automne 2018 

Sous la direction de Fanny Gallot et Gaël Pasquier

 Les politiques nationales en matière d'égalité des sexes et des sexualités sont le produit d'une histoire, de mouvements sociaux et d'un rapport de force entre des acteurs politiques et/ou religieux qui en font des cas spécifiques et originaux. Par exemple, en Argentine, si l' « éducation sexuelle » est obligatoire dans les écoles publiques et laïques depuis 2003, le mariage pour les personnes de même sexe est autorisé depuis 2010 et une loi sur l'identité de genre adoptée depuis 2012, dispositions qui pourraient attester d'un certain progressisme politique sur les questions liées au sexe et à la sexualité, l'avortement n'est toujours pas légal (Contretemps 2013). En Suisse, malgré un cadre fédéral commun, il est possible de déceler des disparités inter-régionales dans la mise en avant des politiques en matière d'égalité des sexes à l'école (Fassa 2016 ; Fassa, Rolle & Storari 2014). En France enfin, bien que le grand public semble avoir découvert l'existence de politiques éducatives en faveur de l'égalité des sexes à la faveur des polémiques contre l'enseignement de « la théorie du genre » à l'école initiées en 2011 et 2013 par des mouvements conservateurs, l'institution scolaire n'en est pas moins engagée dans cette voie depuis plus de trente ans. Les textes officiels relatifs à l'égalité des sexes à l'école étaient toutefois bien souvent restés lettres mortes (IGEN 2013) malgré l'existence de nombreuses recherches sur la reproduction par l'école des inégalités entre les sexes (Duru-Bellat 1994, 1995, 2010 ; Petrovic 2004 ; Gaussel 2016). Il n'est d'ailleurs sans doute pas anodin que certaines réactions hostiles soient apparues au moment même où l'institution scolaire et le Ministère des Droits des Femmes s'inquiétaient du manque d'application de leurs propres directives. En outre, cette hostilité s'est nourrie des mouvements d'opposition à l'ouverture du mariage aux couples composés de personnes de même sexe en 2013, unifiant des enjeux jusque-là bien souvent perçus séparément.

L'objectif de ce dossier est d'envisager la manière dont les questions relatives à l'égalité des sexes et des sexualités dans le champ éducatif sont actuellement construites comme des problèmes publics dans différents contextes nationaux, et quels sont les acteur-rice-s qui se sont mobilisés dans ce cadre. Il a pour objectif d'adopter une perspective transnationale afin d'envisager d'une part les circulations internationales des politiques éducatives en matière d'égalité des sexes et des sexualités, leur réception et leur déploiement dans les institutions et d'autre part de comparer des contextes nationaux différents. En premier lieu pourront être évoquées les circulations internationales à différents niveaux. Pour un certain nombre de pays, les politiques éducatives en faveur de l'égalité des sexes prennent en effet place dans un cadre international et ont été légitimées par l'engagement de l'ONU et pour certains d'entre eux de l'Europe avant de donner lieu à des traductions locale, qui peuvent témoigner d'enjeux spécifiques (Pasquier, 2013). Du point de vue des politiques éducatives par ailleurs, certains pays d'Europe du Nord comme la Suède et le Danemark, sont en France présentés comme des modèles à suivre pour l'instauration sereine d'une éducation à l'égalité des sexes et des sexualités effective et la prise en compte des enfants en « devenirs Trans » (Alessandrin, 2012) ou intersexes dans les espaces scolaires et éducatifs, sans que soient forcément interrogées la réception et la réelle diffusion de ces mesures (Devieilhe 2013). En outre, ce sont également les idées réactionnaires qui circulent. Plusieurs pays, à l'instar de la France, ont en effet connu ces dernières années des polémiques plus ou moins intenses dans le champ de l'éducation en lien avec les questions de genre et de sexualité : en Allemagne, des « Demo für alle » ont été organisée en 2015 et 2016 sur le même modèle que la « Manif pour tous » ; l'Italie connait également depuis 2013 des mobilisations des associations « anti-genre » en partie dirigées vers l'école, tout comme certaines provinces du Canada ou le Brésil.

Ce numéro de la revue Genre Sexe et Sexualité vise ainsi à interroger la manière dont les questions liées au genre et à la sexualité en éducation sont abordées à l'échelle internationale de façon à mettre en perspective la situation française à travers des approches comparatives ou des études de cas, pour proposer de nouvelles analyses et de nouveaux questionnements.

Axe 1 : Du modèle à l'épouvantail : quelles circulations internationales des politiques publiques et des résistances ?

Lors des polémiques françaises, l'origine outre-Atlantique du concept de genre, malgré des détours par des auteur-e-s français, a souvent servi à dénoncer son utilisation dans le champ national, qui plus est dans le domaine de l'éducation. Si cette critique du terme est plus ancienne et a pu être utilisée par des auteur-e-s féministes, il n'est sans doute pas anodin qu'elles ressurgissent à l'issue du quinquennat de Nicolas Sarkozy au cours duquel les enjeux liés à l' « identité nationale » et aux politiques migratoires ont été fortement réactivés.  Parallèlement, les apports de l'éducation à la sexualité, à l'égalité des sexes et à la déconstruction des stéréotypes de sexes de certains pays nordiques ont pu en France à la fois être mobilisés en tant qu'exemples à suivre ou dénoncés comme des expérimentations dangereuses sur de jeunes enfants. En fonction des différents contextes nationaux, quelles références à d'autres situations à l'international sont-elles sollicitées et à quelles fins ? Comment permettent-elles la circulation des idées et des pratiques, au risque parfois de reconstruire une réalité très éloignée de la référence d'origine, ou au contraire érigent-elles des frontières et des « épouvantails » (Fabre et Fassin 2003) qui expliquent la réception de certaines questions et leur reconstruction au niveau local en fonction d'enjeux spécifiques ? Comment en outre les différentes polémiques nationales sont-elles perçues à l'étranger ou ont-elles des échos sur le plan international, notamment dans les politiques scolaires et éducatives menées par d'autres pays que ceux dans lesquels elles ont-eu lieu ? Comment ont été pensés ou non la conjonction de différents enjeux : égalité des sexes, égalité des droits entre homosexuel∙le∙s et hétérosexuel∙le∙s, droits des personnes trans et intersexes, lutte contre les violences faites aux femmes... ? Quels termes sont utilisés pour les nommer ? Comment, en fonction des contextes locaux, la manière dont ont été pensées ces questions a-t-elle interférée avec d'autres préoccupations fortement présentes dans le contexte actuel : lutte contre le terrorisme, politique migratoire... De quelle manière des publics et des territoires se sont trouvés distingués selon la classe, la race et/ou l'orientation sexuelle (Pasquier 2016) en fonction des configurations locales et nationales ?

Axe 2 : Education à la sexualité, égalité des sexes et des sexualités, droit des personnes trans et intersexes : quelle articulation en fonction des contextes nationaux ?

En France, en 2013, le ministre de l'Education Nationale avait fait part de sa volonté d'articuler fortement les questions d'éducation à la sexualité avec celles liées à l'égalité des sexes. Suite aux polémiques concernant les ABCD de l'égalité, les circulaires annoncées n'ont toutefois jamais été publiées. La récente enquête du Haut Conseil à l'Egalité femmes-hommes montre qu'une part non négligeable des établissements scolaires disent ne rien faire concernant l'éducation à la sexualité (HCE 2016), tandis que les analyses de certains manuels (Devieilhe 2013, Ferrand 2010-a, Fillod 2014), d'encyclopédies sur le corps à destination des enfants (Détrez 2005), ou d'outils publiés par l'Education Nationale en 2008 (Ferrand 2010-b) mettent en évidence la persistance de sexisme, d'homophobie et de transphobie, qui se retrouvent également dans les pratiques (Le Mat 2014). Comment sont pensées dans différents pays les questions d'éducation à la sexualité ? En Argentine, par exemple, le ministère de l'éducation a mis en place un Programme national d'éducation sexuelle intégrale en 2006[1]. Au Québec, un projet-pilote sur l'éducation à la sexualité a été mis en œuvre en septembre 2015. Au Mexique, des manuels de biologie abordant des questions de sexualité ont été distribués par l'Education publique en 2016 à tous les établissements, suscitant une vive réaction d'associations de parents d'élèves catholiques alors que d'autres mouvements déplorent que ces ouvrages véhiculent une représentation de la sexualité exclusivement centrée sur la reproduction. Quelles réactions suscitent ces politiques éducatives et quels sont leurs effets sur les pratiques ? Comment sont mobilisées les différentes expériences internationales à l'échelle locale ? Comment sont articulés sur le plan local les enjeux liés à l'égalité des sexes, aux droits sexuels et reproductifs, à l'égalité des sexualités, aux droits des personnes trans et intersexes... ? Comparer les approches, les offres de formation et les pratiques en fonction des contextes nationaux peut se révéler particulièrement heuristique comme l'a montré Elise Devieihle dans son travail sur l'éducation à la sexualité en France et en Suède (2013). Quelles nouvelles approches et analyses peuvent être aujourd'hui initiées par un tel déplacement du regard habituellement porté sur différentes situations nationales ?

Soumettre une proposition

Les propositions d'articles, d'environ 5000 signes espaces et notes comprises, comprennent un titre, une présentation de l'article, les objets et les méthodes, ainsi que les nom, prénom, statut, rattachement institutionnel et email de l'autrice ou auteur. Elles doivent être envoyées pour le 25 novembre 2017 à Fanny Gallot (fanny.gallot@gmail.com) et Gaël Pasquier (gael.pasquier@u-pec.fr) ainsi qu'au comité de rédaction de la revue Genre, sexualité & société (gss@revues.org). Les auteurs et autrices seront avisé-e-s par mail des propositions retenues mi-décembre 2017 (sélection des propositions : 5 décembre 2017).

Les articles, inédits, devront être envoyés le 1er mars 2018 au plus tard. Les instructions typographiques pour la rédaction des articles sont disponibles en ligne (https://gss.revues.org/747). Suivant la politique éditoriale de la revue, chaque article fera l'objet d'une double évaluation anonyme. L'acceptation de la proposition ne signifie donc pas acceptation automatique de l'article. Les articles retenus seront publiés dans le numéro 20 à paraître à l'automne 2018.

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