Colloque: Approches socio-économiques de la sexualité

Deadline: 30/05/2017

12-13 octobre 2017, Lille

 
Argumentaire

La sexualité est une forme d'échange social qui relève à la fois du symbolique, du politique, du juridique, mais aussi – et c'est ce qui nous intéresse ici – de l'économique. Au cours des dernières décennies, les sciences sociales de la sexualité se sont emparées de catégories issues des sciences économiques. Elles ont par exemple envisagé la prostitution ou la pornographie comme des activités productives, faisant l'objet d'évaluations et donnant lieu à des formes de valorisation monétaire (Dahinden et al., 2010 ; Tabet, 1987 ; Trachman, 2013). Certains auteurs ont par ailleurs forgé des concepts comme ceux d'« échanges économico-sexuels » (Tabet, 2004), de « capital érotique » (Hakim, 2011) ou de « champ sexuel » (Green, 2013 ; Illouz, 2012), lesquels ont ensuite donné lieu à des prolongements et discussions (Broqua, Dechamps, 2014 ; Combessie, Mayer, 2013). Cependant, des expressions comme celles de « marché matrimonial » ou « industrie du sexe », tout en pouvant être heuristiques, s'apparentent davantage à des métaphores plus ou moins bien contrôlées qu'à des notions aux définitions robustes (Boyer, 2003 ; Mathieu, 2012). Sous l'influence des catégories profanes peu problématisées, certaines approches sont par ailleurs saturées de jugements moraux implicites (Rubin, 1984), autour du caractère corrupteur de l'argent en matière de sexe et de la marchandisation des désirs et des passions, réduisant du même coup la portée des analyses. On peut faire l'hypothèse que l'absence de réflexion sur ces notions est liée au faible nombre de travaux de sociologie économique sur le thème, malgré la place centrale qu'occupe la sexualité dans la société (Illouz, 2006).

Si quelques ouvrages récents consacrent des développements à la question (Steiner, Trespeuch, 2014) ou interrogent la place de la sexualité et de l'érotisme dans la pensée de Max Weber (Lallement, 2013), que l'on peut considérer comme l'un des pères de la sociologie économique, l'économie de la sexualité est absente des principaux ouvrages de synthèse (par exemple, Smelser, Swedberg, 1994 ; Steiner, Vatin, 2009). Les activités liées à la sexualité représentent pourtant une part non négligeable de la production de valeurs, tout en étant rarement comptabilisées dans le produit intérieur brut. Ce constat invite la sociologie économique et la socio-économie à s'emparer de l'objet pour alimenter certaines problématiques classiques autour du travail, de la production, de la valeur, de la régulation, etc. Il nous semble par ailleurs que l'objet peut contribuer à enrichir les approches récentes autour de la marchandisation du corps humain et des résistances à cette dynamique (Almeling, 2007 ; Trompette, 2008 ; Healy, 2010 ; Steiner, Trespeuch, 2014).

Ce colloque vise à discuter des travaux en sciences sociales qui examinent les rapports entre la sexualité et l'économie. Les travaux pourront appréhender leur objet à travers plusieurs angles :

-         Travail et travailleurs. En quoi une activité liée à la sexualité, qu'elle soit rémunérée ou non, relève-t-elle de la catégorie « travail » ? De quel type de travail s'agit-il ? Quels sont les acteurs individuels et collectifs contribuant aux dynamiques de professionnalisation ? Quels sont les effets du développement des nouvelles technologies (notamment de celles liées au web) sur le travail et l'emploi ?

-         Le marché comme métaphore et comme réalité. Si selon la définition canonique un marché suppose l'existence d'un prix, comment interpréter l'utilisation de la notion pour analyser les relations matrimoniales ? Plus généralement, qu'apporte l'utilisation métaphorique de cette notion à la compréhension de l'économie de la sexualité ? Si l'on peut à juste titrer considérer certaines activités sexuelles (prostitution, sites internet de rencontre, production de contenus pornographiques, sex shops, etc.) à travers ce prisme, quelles sont les spécificités de ces marchés – souvent contestés et parfois illégaux – par rapport aux autres activités économiques ?

-         Valeurs, prix et rémunérations dans les activités liées à la sexualité. Comment sont fixés les prix des marchandises et services liés à la sexualité ? Quels sont les normes, règles ou cadrages des dispositions (fantasme, ambiance, etc.) contribuant aux logiques de valorisation des activités sexuelles, notamment sur Internet ? En quoi l'économie de la qualité et des singularités (Karpik, 2007) et la sociologie de la valuation (Vatin, 2009) peuvent-elles contribuer à l'analyse des échanges économico-sexuels ?

-         Morales économiques et régulation de la sexualité. En quoi la régulation de la sexualité (taxation particulière sur la pornographie, absence de nomenclature dédiée à la prostitution dans les PCS, etc.) et la non prise en compte de certaines activités sexuelles dans la comptabilité nationale sont-ils des révélateurs de la morale économique de l'Etat ? Les dynamiques de légalisation et d'interdiction des activités liées au sexe reflètent-elles la « morale » de la société ou résultent-elles de la mobilisation d'entrepreneurs de morale et des jeux d'acteurs au sein des institutions étatiques ?

La liste de questions et les thématiques proposées n'ont évidemment nullement vocation à être exhaustives. De même, cet appel à communications n'est pas restrictif quant aux périodes historiques et aux aires géographiques étudiées.
 
 

Cet événement scientifique se tiendra à Lille, les 12 et 13 octobre 2017. Chacune des sessions sera discutée par un chercheur membre du comité scientifique.

Les propositions de communication de 5 000 signes maximum sont à envoyer à Pierre Brasseur (brasseurph@gmail.com) et Jean Finez (jeanfinez@hotmail.com) au plus tard le 2 mai 2017. Elles devront comporter le titre de la communication, le statut et l'institution de rattachement du communicant, une adresse email ainsi qu'un résumé exposant la question traitée. Il est demandé aux auteurs d'attacher une importance particulière à la présentation de leur méthodologie et de leur terrain. Les propositions seront évaluées anonymement par les membres du comité scientifique. Afin de préparer au mieux les sessions, les communicants devront envoyer un texte (environ 50 000 signes) pour le 1er septembre qui servira de support aux échanges.

A l'issue du colloque un appel à articles pour un dossier « économies et sexualités » sera diffusé par la Revue française de socio-économie. Les contributions seront traitées selon les règles de la revue
 

Calendrier

·      2 mai 2017 : Date limite pour la proposition des communications

·      Fin mai 2017 : Réponse aux auteurs

·      1er septembre 2017 : Envoi des communications

·      12-13 octobre 2017 : Colloque

 

Comité d'organisation : Pierre Brasseur (CLERSE, Université Lille 1), Jean Finez (CLERSE, Université Lille 1)

Comité scientifique : Marie Bergström (Institut national d'études démographiques), Gilles Chantraine (CLERSE, Université Lille 1), Baptiste Coulmont (CRESPPA, Université Paris 8 Saint-Denis), Catherine Deschamps (SOPHIAPOL, Université Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense), Fabien Eloire (CLERSE, Université Lille 1), Florence Jany-Catrice (CLERSE, Université Lille 1), Sidonie Naulin (PACTE, Sciences Po Grenoble), Lilian Mathieu (CNRS, Centre Max Weber, ENS de Lyon), Gwenola Ricordeau (CLERSE, Université Lille 1), Philippe Steiner (GEMASS, Université Paris-Sorbonne), Mathieu Trachman (Institut national d'études démographiques), Pascale Trompette (CNRS, PACTE, Université Grenoble Alpes).
 

Soutiens institutionnels

·      Association Française de Sociologie (AFS) : réseaux thématiques « Sociologie économique » (RT12) et « Recherches en sciences sociales sur la sexualité » (RT28)
·      Centre Lillois d'Etudes et de Recherches Sociologiques et Economiques (CLERSE)
·      Université de Lille – Sciences et Technologies
·      Maison Européenne des Sciences de l'Homme et de la Société (MESHS, Lille Nord de France) et Région Hauts-de-France
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