Intégration d’une communication inclusive dans les établissements d’enseignement supérieur

Colloque international, 21 février 2019, Bruxelles



Le langage inclusif fait l’actualité. Il permet un échange plus respectueux de la diversité. Il incite à réfléchir à l’implicite de la langue et aux cibles de nos communications. Il peut alourdir les textes, les rendre moins accessibles pour tous les publics, et bouscule également les traditions et usages ancrés. Que l’on aime ou pas le langage inclusif, qu’on le résume au point médian ou qu’on y inclut des formes non binaires, les établissements d’enseignement supérieur sont amenés à y réfléchir et à repenser leurs pratiques de communication.

Le colloque a pour objectif d’informer et de réfléchir les enjeux sous-tendus par une communication plus inclusive, ainsi que d’échanger sur l’intérêt de développer d’autres pratiques.

La journée sera articulée autour de trois conférences prononcées par des expert·es de renommée internationale et trois ateliers durant lesquels des professionnel·les pratiquant la communication inclusive partageront leurs bonnes pratiques

Horaire



Introduction par Sarah Sepulchre, co-présidente francophone de Sophia
Discours de Jean-Claude Marcourt, Vice-Président du Gouvernement de la Fédération Wallonie - Bruxelles et Ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de Promotion sociale, de la Recherche et des Médias.

La conférence s’attachera à resituer dans l’histoire de la langue française les efforts observés ici et là depuis quelques décennies pour faire reculer ses usages sexistes. De fait, c’est faute de connaitre cette histoire qu’on parle de sa « féminisation », car il s’agit avant tout de la débarrasser d’infléchissements qui lui ont été imposés depuis le XVIIe siècle, afin qu’elle serve mieux les intérêts des hommes : condamnation des noms féminins désignant des fonctions supérieures, invention de l’accord au « genre le plus noble », défense du masculin dit générique ou neutre, choix du terme homme pour désigner l’humanité… La première question étant en passe d’être réglée, c’est aujourd’hui sur les autres volets que porte le travail de « décontamination » du français. Mais il s’agit toujours de s’appuyer sur les ressources propres de la langue et de revivifier des usages qui ont fait leurs preuves, sans s’effrayer des quelques innovations pratiques que notre temps, plus avide d’égalité qu’aucun autre, trouve pour y parvenir.

Biographie

Eliane Viennot est agrégée de lettres, professeuse émérite de littérature à l’Université de Saint-Etienne et membre honoraire de l’Institut universitaire de France. Ses recherches portent sur les grandes autrices politiques de la Renaissance, sur l'histoire des relations de pouvoir entre les sexes dans la longue durée, et sur leurs conséquences dans la langue française. Elle anime un site Internet qui en présente un aperçu substantiel (www.elianeviennot.fr).

Présidence de séance : Anne Dister (Université Saint Louis)

Présentation

La conférence résumera dans un premier temps les termes des débats en cours. Tandis que certaines caricatures tentent de semer la panique en réactivant les craintes largement partagées sur la mise en danger de la langue française, des personnes de plus en plus nombreuses mettent à l'épreuve depuis une bonne quinzaine d'années différentes techniques pour réduire la prééminence du masculin en français ou pour dégenrer les expressions qui réfèrent aux êtres humains. La profusion de techniques est telle, que l'heure est à présent aux proposition de normalisation. La deuxième partie sera consacrée aux pratiques et demandes actuelles et à la discussion des normes émergentes.

Biographie

Maria Candea est sociolinguiste, maitresse de conférence habilitée à diriger des recherches à l'Université Sorbonne Nouvelle, à Paris. Ses recherches portent sur le français contemporain, notamment sur des questions de genre et d'inégalité, et sur les enjeux sociaux liés aux variations de prononciation. Elle est membre du comité de rédaction de la revue "GLAD!" (revue-glad.org) consacrée à des questions de langage, genre et sexualités.

Présidence de séance : Philippe Hambye (Université catholique de Louvain)

Implémentation d’une communication inclusive dans les établissements d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Retours sur les défis, les stratégies, les objectifs et les accomplissements.
Modération : Sarah Sepulchre (Sophia, UCLouvain)

Avec Laurence Rassel (École de Recherche Graphique), Mathieu de Wasseige (Institut des Hautes Écoles en Communications Sociales), Laurent Licata (Université libre de Bruxelles), Tanya Van Hemelryck (Université catholique de Louvain)

Atelier 1 : Vers une communication visuelle inclusive et non-binaire (salle GC1, bâtiment “Grands Carmes”, 2ème étage) Une communication inclusive et non-binaire ne se limite pas à l’écriture. D’autres éléments contribuent à l’inclusion de différents publics, par exemple les visuels (dont les photographies), les couleurs ou les typographies. Prendre conscience des messages et des représentations parfois véhiculés par ces éléments est dès lors important. L’atelier sera l’occasion de réfléchir à ces composantes de la communication, de partager des pratiques diverses et plurielles, d’apprécier des expériences menées par des étudiant·es en art, de réfléchir aux difficultés qui se posent au moment de développer une communication visuelle.

Atelier géré par Mathilde Alet
Julien Truddaïu et Caroline Dath partageront leurs expériences durant cet atelier.

Julien TRUDDAÏU travaille à Coopération Education Culture où il mène depuis plusieurs années des recherches sur les représentations, les conflits de mémoires et les discriminations liées au passé colonial belge et plus largement attachées aux personnes issues du continent africain. Il est le co-auteur du livre « Notre Congo, Onze Kongo », la propagande coloniale belge dévoilée (CEC 2018). .

Caroline Dath est graphiste et enseignante à l’ERG (École de Recherche Graphique, Bruxelles) au sein des ateliers de Graphisme et Digital Non Binaire. Elle fait partie du groupe de recherche Teaching To Transgress* : Questions de genres, de post-colonialisme, de féminismes intersectionnels, queer et situés dans la pédagogie et la pratique des arts.(http://www.erg.be/m/wiki/Caroline_Dath.html).

«  Je partagerais avec vous diverses expériences visuelles et graphiques, en particulier, les pistes de réflexions issues du workshop de typographie Gender Fluid — Bye bye binary — Des imaginaires possibles autour d’une typographie inclusive — qui a eu lieu en novembre dernier, à l’initiative de l’ERG et LaCambre. Nous y avons exploré de nouvelles formes graphiques et typographiques, notamment le travail de nouvelles glyphes (lettres, ligatures, points médians, éléments de liaisons ou de symbiose)». http://genderfluid.space
Caroline Dath


Atelier 2 : L’écriture inclusive concrètement ? Échange de bonnes pratiques (salle GC301, bâtiment “Grands Carmes”, 3ème étage) COMPLET Faire le choix d’une écriture et d’une communication inclusive peut se révéler plus complexe que prévu. Rencontre-t-on des résistances ? De quel type de public (interne, externe) ? Les professionnel·les qui collaborent (photographes, graphistes, agence de communication…) sont-ils/elles sensibilisé·es ? Est-on limité·e par des contraintes techniques inattendues ? Peut-on se lancer dans l’écriture inclusive sans avoir une politique de genre plus globale ? Cet atelier sera l’occasion d’échanger avec deux personnes qui se sont lancées sur la voie d’une communication plus inclusive et/ou qui ont mis en place l’écriture inclusive.

Atelier géré par Sarah Sepulchre
Arlin Bagdat et Camille Wernaers partageront leurs expériences durant cet atelier.

Arlin Bagdat est directrice générale de la Communication externe de la Chancellerie du Premier Ministre. Depuis plusieurs années, les services publics fédéraux ont initié une réflexion afin de rendre leur communication plus inclusive.

« En tant que service public, nous avons un devoir d’exemple ! Au niveau fédéral, de nombreux outils sont mis en place pour tendre vers une communication neutre de tout stéréotype de genre. Ne sous-estimons pas les croyances inconsciemment ancrées dans les mentalités : la communication inclusive nécessite une attention permanente et un apprentissage continu. »
Arlin Bagdat

Camille Wernaers est chargée de la communication d’Amazone (www.amazone.be). Amazone est une maison abritant des associations de femmes, un centre de documentation sur la Politique de genre, mais aussi une association active sur les questions féministes.

« Le plus difficile avec l’écriture inclusive, c’est de lutter contre nos propres reflexes » Camille Wernaers
Atelier 3 : Rendre l’écriture inclusive accessible au plus grand nombre (salle GC302, bâtiment “Grands Carmes”, 3ème étage) COMPLET On entend souvent que l’écriture inclusive est illisible ou peu accessible pour les personnes dyslexiques ou dysorthographique et/ou rend difficile la compréhension d’un texte lu par lecteur d’écran. L’écriture inclusive exclut-elle ?Toutes les formes d’écriture inclusive sont-elles également lisibles ? Réfléchir à l’ensemble des publics concernés par la communication en amont permet vraisemblablement de poser des choix plus conscients des difficultés rencontrées par certain·es.

Atelier géré par Nathalie Grandjean et Florence Thiry
Mathilde Borcard, Viviane Jallet et Sophie Trunet partageront leurs expériences durant cet atelier.

Mathilde Borcard a (contribué à) créer l’Estime asbl (http://mathildeborcard.com/l-estime-asbl/) qui agit dans le domaine de la santé, du développement et de l’empouvoirement pour toutes et tous. L’asbl met au centre les usager·ères et réfléchit donc au dynamiques de pouvoir qui s’exercent dans les relations avec les praticien·nes, thérapeut·es et expert·es, notamment au niveau du langage.

« J'ai appris des personnes avec qui je travaille la qualité mouvante et vivante du langage, qui donne du sens à nos expériences et visibilise nos vécus. Si l'expression des singularités de chacun·e est un espace d'épanouissement, de renforcement des liens et de changement social, il semble que les représentations inclusives autant qu'un langage lisible soient intimement liées à l'accessibilité de nos propositions de soin. »
Mathilde Borcard

Viviane Jallet, militante à la Gauche anticapitaliste, traductrice de formation.

« Si la langue reflète la pensée humaine, il est désirable de les faire évoluer l'une comme l'autre afin de progresser vers une société inclusive, débarrassée de toute forme d'oppression. »
Viviane Jallet

« “Être conscient de la difficulté permet de l’éviter”, Lao Tsen. Les troubles d’apprentissage du langage écrit touchent 3 à 10% de la population mondiale. Ces difficultés d’acquisition de la langue écrite ont la particularité de persister dans le temps malgré une intervention ciblée. Le trouble de l’acquisition du langage écrit fait partie des troubles cognitifs qui par définition ne peuvent être « réparé » par une méthode ou une intervention spécifique. Un grand nombre d’études nous permettent de mieux comprendre aujourd’hui ce type de trouble.

Actuellement, les chercheurs et les cliniciens proposent d’une part, d’intensifier la prévention et d’autre part, proposent des approches innovantes dont l’objectif est d’aménager l’environnement des personnes en difficulté et de les aider à contournant leur handicap. Ces outils offrent aux personnes et particulièrement aux enfants présentant ce type de trouble de développer leur potentiel et d’augmenter leur estime de soi si souvent abîmée. »
Sophie Trunet

Présentation

« Chers Collègues ? Cher·es Collègues ? Chærs Collègues ? » En s’appuyant sur les travaux de la recherche linguistique, cette conférence montrera comment le français et d’autres langues « binaires » se dotent d’un troisième genre pour sortir d’une représentation mentale masculine. Ces langues reflètent les enjeux bioéthiques, sociaux et politiques du XXIe siècle et permettent également d’exprimer une nouvelle conception de l’identité. Qu’on la rejette ou qu’on l’approuve, cette séquence historique de notre langue est peut-être simplement le résultat d’une démarche qu’a toujours suivie l’humanité : trouver les nouveaux mots nécessaires à l’expression de ses nouveaux concepts.

Biographie

Alpheratz mène une carrière en traduction, littérature et linguistique et poursuit des recherches en doctorat sur le genre neutre à Paris Sorbonne Université, sous la direction du linguiste Philippe Monneret. Al a publié « Requiem » (le premier roman français systématisant le genre neutre) et la « Grammaire du français inclusif ». Al est également l’autaire du site www.alpheratz.fr. Son identité de genre s’exprime par l’usage du pronom al et des accords au neutre, ou au masculin lorsque les formes du neutre ne sont pas connues.

Présidence de séance : Laurence Rosier (Université libre de Bruxelles)

Informations pratiques

Colloque international : Intégration d’une communication inclusive dans les établissements d’enseignement supérieur

Date : 21 février 2019, 9h-18h
Lieu : Institut des Hautes Études des Communications Sociales – rue de l’Étuve, 58 – 1000 Bruxelles
Bâtiment “Bord-de-verre”, au coin de la rue des Bogards et de la rue du Poinçon
Bâtiment “Grands Carmes,” rue des Grands Carmes 27
Bâtiment Etuve, rue de l’Etuve 58
Organisation :

  • Sophia, réseau belge des études de genre
  • École de Recherche Graphique (ERG)
  • Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS)
  • Université catholique de Louvain (UCLouvain)
  • Université Libre de Bruxelles (ULB)

Contact : info@sophia.be
Participation gratuite
Inscription obligatoire

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Contact

  • Institut des Hautes Études des Communications Sociales – rue de l’Étuve, 58 – 1000 Bruxelles
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  • 02/ 229 38 69